Alors que près de 9 000 milliards d'euros d'actifs doivent changer de mains en France au cours des quinze prochaines années, à mesure que la génération des baby boomers transmet son patrimoine, la gauche française relance le débat sur la fiscalité des grandes successions. Plusieurs propositions concurrentes circulent, entre approche technique et mesure plus radicale, révélant les divisions qui traversent le camp progressiste sur ce dossier.
Le sénateur socialiste Alexandre Ouizille porte une proposition de loi visant à créer un impôt sur les grandes successions (IGS), avec un objectif affiché d'environ 15 milliards d'euros de recettes annuelles supplémentaires. Le texte repose sur trois piliers: une révision du barème de taxation des successions le rendant plus progressif, une imposition des plus values latentes jusque là non taxées au moment de la transmission, et une modernisation du dispositif destinée à faciliter les donations effectuées du vivant des donateurs. Les recettes seraient fléchées vers la transition écologique, la recherche et l'éducation, tout en permettant, selon ses défenseurs, d'alléger la fiscalité qui pèse sur le travail.
Une ligne plus radicale émane de La France insoumise. La députée Mathilde Panot a résumé la position du parti en une formule sans détour: à partir de 12 millions d'euros d'héritage, tout serait prélevé. Cette proposition, qui reviendrait de facto a plafonner les grandes fortunes transmissibles, a été qualifiée par ses détracteurs de philanthropie forcée, dans la mesure où elle transformerait par l'impôt ce que certains grands patrimoines choisissaient jusqu'ici de consacrer volontairement, via des fondations, à des causes d'intérêt général.

