Une explosion dans un champ près de Tarnawa Kolonia, à proximité de Lublin dans l'est de la Pologne, a laissé un cratère d'une dizaine de mètres jeudi au petit matin. Des habitants ont fait état d'une déflagration vers quatre heures, qui a fait vibrer leurs fenêtres. Le site se trouve à environ 80 kilomètres de la frontière ukrainienne, et il a été touché alors que la Russie menait une nouvelle vague de frappes de missiles sur l'Ukraine, qui a fait au moins huit morts et atteint Lviv à l'ouest.

Le premier ministre Donald Tusk a déclaré lors d'une réunion d'urgence que tout indiquait un missile russe, évoquant un Kh-101 comme type probable tout en soulignant que l'identification n'est pas encore certaine. Il a aussi rappelé ce qui comptait sur le plan intérieur : l'engin est tombé dans une zone inhabitée et il n'y a pas eu de menace directe pour la population. La Pologne a fait décoller des chasseurs pour sécuriser son espace aérien.

La prudence du propos est délibérée. Une frappe confirmée sur le territoire de l'OTAN, même involontaire, déclenche des obligations de consultation et impose à chacun une décision qu'il préférerait ne pas prendre dans l'urgence. Établir le type et le tir avant de le dire publiquement, c'est la manière pour un gouvernement de garder cette décision à son propre rythme plutôt qu'à celui de l'actualité.

C'est aussi le quatrième été où des débris, des drones et des engins égarés pénètrent l'espace aérien d'États membres, et chaque incident est supportable isolément et corrosif cumulativement. La défense aérienne de l'est de la Pologne n'est pas une question ukrainienne. C'est une question sur ce que les membres de l'OTAN acceptent de dépenser pour qu'un champ près de Lublin cesse d'être un risque ordinaire, et elle pèse sur les budgets français et allemand autant que polonais.