La Syrie se positionne en corridor énergétique et logistique pour des cargaisons qui quitteraient autrement le Golfe par le détroit d'Ormuz. L'annonce est un accord avec l'Irak pour reconstruire l'oléoduc reliant le nord irakien à la côte méditerranéenne syrienne, fermé depuis qu'il a été endommagé lors de l'invasion de 2003. L'accord a été signé à Washington, ce qui indique un projet autant diplomatique que commercial.

Le détail le plus instructif est ce qui se passe déjà sans oléoduc. Le négociant pétrolier public irakien contracte chaque mois des centaines de milliers de tonnes de fioul pour l'export via la Syrie, dont une large part transite par le port méditerranéen de Baniyas. Ce trafic arrive par la route, la façon la plus coûteuse de déplacer du pétrole, et les chargeurs la paient quand même. Quand un acheteur accepte le coût du camionnage pour éviter une voie maritime, la prime de risque sur cette voie est devenue le vrai prix.

D'autres tracés sont à l'étude technique, dont le gazoduc arabe reliant l'Égypte à la Turquie via la Jordanie et la Syrie, et d'anciennes conduites saoudiennes et irakiennes en sommeil depuis des années. Aucun ne se construit vite. Tous décrivent la même intention : des débouchés méditerranéens qui ne franchissent pas un point de passage que l'Iran peut menacer.

Le gain commercial pour Damas n'est pas le pétrole. C'est la position : recettes douanières, trafic portuaire, stockage, maintenance et services maritimes, le métier ordinaire d'un lieu par lequel les marchandises passent. C'est un revenu durable s'il tient, et c'est le premier argument économique sérieux en faveur de la réintégration syrienne qui ne repose pas sur l'aide à la reconstruction.

La réserve est qu'une économie de transit ne vaut que la sécurité de son itinéraire. Un oléoduc est un actif fixe dans un pays qui a passé une décennie à montrer ce qu'il advient des actifs fixes, et ce sont les assureurs qui valorisent ce risque qui décideront de la part de ce projet qui deviendra réelle.