Les incendies à l'ouest de Bordeaux ont atteint la partie de la carte où la France fabrique ce qu'elle n'importe pas. Dans la zone menacée se trouvent un site d'ArianeGroup produisant des composants de propulsion du missile balistique M51 lancé depuis un sous-marin, la ligne d'assemblage final du Rafale de Dassault Aviation, et l'une des principales usines de Roxel pour les moteurs à propergol solide utilisés par les missiles de MBDA.

La réponse a consisté en un déplacement matériel plutôt qu'en un simple arrêt. Dassault Aviation a sorti des équipements sensibles de son usine de Martignas et de son centre logistique de Cestas vers son site de Mérignac et la base aérienne voisine, en lien avec la direction générale de l'armement et la préfecture, la plupart des salariés étant invités à rester chez eux conformément aux consignes des autorités. ArianeGroup a évacué les sites concernés. Le commissariat à l'énergie atomique a fermé son centre de recherche nucléaire militaire près de Bordeaux à l'approche du feu.

Le ministère des armées a engagé environ 1 500 militaires dans la réponse d'urgence depuis le week-end, avec des équipes spécialisées et des moyens envoyés pour aider à sécuriser les sites industriels aux côtés d'autres administrations. C'est un déploiement des armées sur le territoire pour protéger l'industrie qui les fournit, et la phrase est inhabituelle à écrire.

La leçon stratégique porte sur la concentration plus que sur le feu. La France a bâti la chaîne de sa dissuasion comme la plupart des pays, sur un petit nombre de sites spécialisés proches des compétences et des champs d'essai qui leur convenaient. Cela produit de la souveraineté et de l'efficacité, et cela produit aussi une courte liste de lieux où une semaine de mauvais temps peut interrompre plusieurs programmes à la fois.

Rien n'a été détruit, et l'histoire immédiate est celle d'une précaution réussie. La question de planification que laisse l'incendie est de savoir si une chaîne conçue contre le sabotage et la pénurie a été conçue contre un climat qui arrive de plus en plus tôt.