Emmanuel Macron a téléphoné à Gianni Infantino le jeudi 30 juillet pour lui dire son opposition au projet d'ouvrir aux investisseurs privés une société commerciale de la FIFA, selon L'Équipe. L'appel a précédé une réunion décisive de l'UEFA, où le football européen était prêt à brandir un boycott de la Coupe du monde 2030, et le président aurait insisté sur la nécessité de préserver l'unité du football mondial et d'éviter de nouvelles fractures entre la FIFA et les confédérations continentales. Il se serait également entretenu avec Aleksander Čeferin à l'UEFA, Philippe Diallo à la Fédération française et Patrice Motsepe à la Confédération africaine.
Infantino a depuis retiré sa proposition, en reconnaissant qu'elle avait créé des divisions contraires à son intention. La tentation est de tirer un trait de l'un à l'autre, et il faut y résister. Les fédérations européennes étaient déjà en fronde ouverte, et une menace de boycott du tournoi 2030 est un instrument autrement plus lourd qu'un appel depuis Paris. Personne ne peut aujourd'hui peser ce que l'intervention présidentielle a apporté à un recul que plusieurs autres forces produisaient de toute façon.
Ce que l'appel ajoute, c'est un changement de catégorie. Un différend sur la structure commerciale d'une fédération sportive est devenu une affaire qu'un chef d'État a jugée digne de son temps personnel, et la raison ne tient pas vraiment au football. La Coupe du monde 2030 est un tournoi multicontinental adossé à des dépenses publiques considérables, et une instance dirigeante qui se fissure selon des lignes continentales devient un problème diplomatique pour chaque gouvernement engagé à en accueillir ou à en financer une part. Les présidents n'appellent pas les dirigeants sportifs pour des principes. Ils les appellent pour une exposition.

