La trajectoire de Viktoriia Zadvorna traverse les frontières avec une facilité peu commune. Ukraine, Espagne, Allemagne, Autriche, Pologne, France, Brésil: la soprano a construit sa carrière entre plusieurs cultures et plusieurs scènes. Pourtant, un pays revient avec une étonnante constance dans son histoire artistique: l’Italie. 
Bien avant d’envisager d’y vivre, Zadvorna avait déjà fait de la musique italienne l’un des fils conducteurs de son parcours. Sa formation est d’abord profondément académique. Après des études musicales à Donetsk, elle poursuit son perfectionnement vocal à l’étranger, notamment à l’ESMUC de Barcelone, ainsi qu’à travers des masterclasses et des concours. Sa rencontre avec la tradition vocale italienne passe notamment par les masterclasses du célèbre chanteur basse Bonaldo Giaiotti et par des projets musicaux internationaux en Sicile.
Soliste de la Philharmonie de Donetsk, elle travaille également dans les théâtres musicaux et dramatiques de Donetsk et de Kiev. Sa carrière prend ensuite une direction inattendue avec le Brésil. São Paulo, Ribeirão Preto, le Teatro Bradesco, le Teatro Pedro II et la collaboration avec l’orchestre de l’académie musicale de l’USP deviennent autant d’étapes d’une expérience sud-américaine déterminante.
C’est également au Brésil que naît Anjo da Música, «l’Ange de la musique», le nom sous lequel le public commence à la désigner. Il ne s’agit pas d’un pseudonyme imaginé dans le cadre d’une stratégie artistique, mais d’un surnom né naturellement de ses rencontres avec le public brésilien. Elle le conservera après son retour en Europe. Aujourd’hui encore, cette identité accompagne sa présence artistique, notamment sur son compte Instagram officiel @anjovik_zdv_opera.official. 
Sur le papier, Viktoriia Zadvorna possède tous les attributs d’une soprano classique. Son répertoire comprend Mozart avec la Reine de la Nuit dans La Flûte enchantée, Zerlina dans Don Giovanni et Elettra dans Idomeneo. S’y ajoutent Serpina dans La serva padrona de Pergolèse, Oscar dans Un ballo in maschera de Verdi, ainsi que des parties solistes des Carmina Burana de Carl Orff et de la Neuvième Symphonie de Beethoven. Mais sa personnalité artistique refuse de rester enfermée dans ce cadre. Andrew Lloyd Webber rejoint Mozart et Verdi avec The Phantom of the Opera, Cats ou Jesus Christ Superstar. Le crossover apparaît avec Con te partirò, Canto della Terra, Nella Fantasia, Sogni et Adagio. Elle développe également un programme d’airs lyriques en arrangements rock avec orchestre symphonique. À cette liberté d’interprète s’ajoute une autre dimension: Zadvorna compose et écrit ses propres chansons.

Au milieu de cette diversité, l’Italie demeure omniprésente. Vivaldi, Monteverdi, Stradella, Caccini, Pergolèse, Rossini, Donizetti, Bellini, Verdi et Puccini traversent son répertoire. Cette relation dépasse pourtant largement les nécessités professionnellesd’une chanteuse classique. Viktoriia aime la musique et la chanson italiennes depuis l’enfance, s’intéresse aux traditions musicales régionales et possède également une histoire familiale qui la relie à l’Italie. Cette fascination a donné naissance à Splendore Italiano - Der Glanz der italienischen Seele, un projet de concert avec ensemble à cordes destiné au public allemand. Le paradoxe est intéressant: avant même de choisir l’Italie comme possible nouveau lieu de vie, Zadvorna avait déjà commencé à la faire voyager. En Allemagne, ses programmes avec la Friedberger Kammerorchester associent notamment Corelli et Torelli à Händel, Haydn, Mozart et Schubert. La presse allemande a également relevé son interprétation de Serpina dans La serva padrona et de Torna a Surriento d’Ernesto De Curtis. Son parcours international dépasse cependant largement le cadre des scènes lyriques. À São Paulo, elle participe aux Carmina Burana avec l’Orquestra Acadêmica de São Paulo et le Coral da Cidade de São Paulo. En Allemagne, elle se produit au festival Konzerte im Fronhof à Augsbourg. En Pologne, elle apparaît dans des programmes symphoniques et des projets liés à la tradition musicale viennoise. La France fait elle aussi partie de cette géographie artistique. En 2023, durant la période du Festival de Cannes, Zadvorna est présentée non seulement comme chanteuse mais également comme compositrice. Sa musique est alors jouée dans le cadre très différent d’un gala international sur la Côte d’Azur.

Aujourd’hui, une nouvelle étape se dessine. Viktoriia Zadvorna souhaite rapprocher sa vie quotidienne de l’Italie tout en poursuivant sa carrière internationale. Elle envisage d’y travailler avec des orchestres et des ensembles de chambre, de participer à des productions d’opéra, de présenter ses programmes crossover et de continuer à approfondir le répertoire italien. Elle n’arrivera cependant pas en Italie comme une artiste au début de son histoire. Elle y apportera une formation académique, l’expérience des scènes européennes, l’énergie acquise au contact du public brésilien, la tradition de musique de chambre allemande, les projets symphoniques polonais et l’expérience des événements français. Le véritable enjeu sera peut-être de découvrir comment cet héritage international dialoguera avec un public italien particulièrement exigeant envers sa propre tradition musicale. Car en Italie, Verdi et Puccini ne sont pas seulement des compositeurs. Leur musique appartient à une mémoire collective. Après avoir interprété ce répertoire pendant des années à l’étranger, Zadvorna s’apprête donc à rencontrer ceux pour qui il constitue presque une langue maternelle culturelle. Pendant longtemps, Viktoriia Zadvorna a porté l’Italie sur les scènes du monde. Désormais, le mouvement s’inverse. Après l’Europe, le Brésil et Cannes, c’est elle qui se rapproche du pays dont la musique accompagne presque toute sa vie professionnelle.