Un texte diffusé en ligne ce mois-ci appelle les utilisateurs du service de cartes crypto BingCard à engager des poursuites contre Visa et Mastercard, au motif que les réseaux auraient prêté leurs marques à une société qui a encaissé des dépôts sans les restituer. Ce texte est anonyme, ne cite aucun plaignant, aucun tribunal ni aucun numéro de dossier, et aucune procédure engagée contre l'un ou l'autre réseau sur ces faits n'a pu être trouvée. Aucune des deux sociétés ne semble avoir été sollicitée pour réagir. Ces affirmations sont rapportées ici comme des affirmations, et rien dans cet article ne doit être lu comme un constat de faute de l'un ou l'autre réseau.
Ce qui est documenté, c'est l'expérience des clients. BingCard est un service dépositaire : l'utilisateur dépose du bitcoin, de l'ether ou des stablecoins, la valeur est conservée hors chaîne sous forme de solde de carte, et il dépense via une carte virtuelle ou physique. Sur les plateformes d'avis, les plaintes sont constantes et répétitives. Des retraits bloqués en cours de traitement pendant six semaines et davantage. Des dépôts crédités sur un solde qui reste à zéro. Des pré-autorisations jamais libérées. Trustpilot recense des dizaines de signalements de ce type, et des sites de notation indépendants classent le service très bas.
Un détail de ce dossier vaut mieux que toute la rhétorique qui l'entoure. Les pages de BingCard évoquent désormais de grands réseaux de cartes internationaux sans nommer personne, là où des supports antérieurs citaient directement Visa et Mastercard. Une société qui retire discrètement de sa propre communication les deux marques les plus reconnaissables du paiement dit quelque chose de l'état de ses accords, et c'est un changement que chacun peut vérifier.
Le point structurel derrière tout cela n'a presque jamais été expliqué aux consommateurs. Une fintech n'adhère pas à un réseau de cartes comme le fait une banque. Elle s'appuie sur une banque émettrice qui détient l'agrément et parraine une gamme de cartes, et la relation du réseau est avec cette banque. Un logo sur un site signifie donc qu'une banque quelque part a accepté le programme, pas que le réseau a audité l'entreprise, vérifié ses dispositifs de conservation ni approuvé son traitement des fonds des clients. C'est un raccordement technique présenté, et largement reçu, comme un certificat de respectabilité.
Ce contresens n'est pas la faute des utilisateurs. Deux marques présentes sur presque tous les portefeuilles du monde développé servent de signal de confiance dans un secteur qui n'en offre aucun autre, et les réseaux profitent de cette notoriété tout en étant à plusieurs degrés de distance des comportements qu'elle finit par cautionner. Savoir si le droit doit y attacher une obligation est une vraie question, et c'est celle que la version tapageuse de cette affaire désigne du doigt. Elle ne se tranchera pas avec un texte sans dossier.
La distinction pratique est ce qu'il faut retenir, car elle décide qui récupère son argent. Un paiement par carte ouvre un droit à rétrofacturation : le bien ou le service non reçu est un motif codifié, la réclamation passe par l'émetteur, et les règles du réseau imposent une procédure. Un dépôt en cryptomonnaie sur une plateforme dépositaire n'ouvre rien de tel. C'est un virement à une société privée, définitif au règlement, sans système derrière lui ni mécanisme d'annulation. La carte est la partie du produit assortie d'une protection du consommateur. Le dépôt qui l'alimente ne l'est pas.
Quiconque a de l'argent bloqué devrait agir selon cette distinction plutôt que sur un appel à poursuivre. Les opérations réglées par carte se contestent auprès de l'émetteur de la carte, dans des délais plus courts que la plupart des gens ne l'imaginent. Les dépôts en crypto relèvent de la police et du régulateur financier, car la seule voie réaliste est une enquête pénale disposant du pouvoir de tracer et de geler. En France, cela signifie une plainte auprès de la police ou de la gendarmerie et un signalement à l'Autorité des marchés financiers, qui tient une liste publique des sites d'investissement non autorisés. Consulter cette liste avant de déposer ne coûte rien, ce qui n'est pas le cas de l'inverse.

