La Réserve fédérale a laissé son taux directeur inchangé, dans une fourchette cible de 3,5 % à 3,75 %. La décision était attendue. Ce qui l'était moins, c'est que trois présidents de banques régionales, Beth Hammack pour Cleveland, Neel Kashkari pour Minneapolis et Lorie Logan pour Dallas, ont exprimé leur désaccord en faveur d'une hausse d'un quart de point.

Trois dissidences orientées dans le même sens sont rares. Cela n'était pas arrivé depuis une décennie, et cela compte parce que le désaccord interne au comité est le premier signal public de la direction que prend la politique monétaire. Un dissident exprime une opinion. Trois, alignés, forment un bloc, et placent le président en situation de tenir une ligne plutôt que d'exprimer un consensus.

La cause est une inflation supérieure à la cible de 2 % depuis plus de cinq ans. Les analystes désignent deux sources que la politique monétaire traite mal : les droits de douane, qui renchérissent les prix à l'importation par la loi et non par la demande, et le coût de l'énergie tiré par le conflit au Moyen-Orient. Ni l'un ni l'autre ne réagit à une hausse de taux comme le ferait une surchauffe intérieure, et c'est l'argument de la majorité pour attendre.

Pour un lecteur européen, la transmission est indirecte mais réelle. Une Fed plus proche de la hausse que de la baisse soutient le dollar, resserre les conditions financières mondiales et réduit la marge dont dispose la Banque centrale européenne pour suivre son propre calendrier. Elle met aussi un plancher sous les coûts d'emprunt qui valorisent la dette souveraine française, au moment où l'écart sur cette dette porte déjà un débat politique.