Le ministère de l'intérieur a pris le 29 juillet un arrêté d'expulsion visant Xenia Fedorova, qui dirigeait RT France jusqu'à la fermeture de la chaîne en 2023. L'arrêté indique qu'elle sert de relais à une campagne de désinformation organisée par les autorités russes et qu'elle cherche à déstabiliser l'ordre public en France. Son avocat, Emmanuel Piwnica, a fait savoir qu'elle ferait appel immédiatement.
Depuis la fermeture de RT France, Xenia Fedorova intervient comme commentatrice au sein du groupe de médias constitué par Vincent Bolloré, avec des passages réguliers sur CNews et Europe 1 et des contributions au Journal du Dimanche. Le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot l'a précédemment accusée de diffuser la désinformation russe. La distinction posée par l'État est que sa tribune est française et grand public tandis que, selon la lecture du gouvernement, le contenu est orienté depuis l'étranger.
La voie juridique retenue est la partie intéressante. La France n'a pas poursuivi une publication ni sanctionné un diffuseur. Elle a mobilisé le pouvoir administratif d'éloigner un ressortissant étranger pour motif d'ordre public, plus rapide qu'une procédure de presse, sans avoir à démontrer quoi que ce soit sur un article précis, et qui déplace le débat de ce qui a été dit vers celui qui le dit et pour le compte de qui.
C'est aussi pourquoi le recours dépasse le cas d'une personne. L'élection présidentielle a lieu l'an prochain, l'inquiétude sur les ingérences russes est vive, et si une expulsion pour ordre public est validée contre une commentatrice qui travaille au grand jour à la télévision nationale, l'État se dote d'un outil réutilisable. Si elle est annulée, le gouvernement revient au droit de la presse et à la charge de la preuve plus lente qui l'accompagne.

