Manon Relandeau, agricultrice de 31 ans, n'a plus donné signe de vie depuis le 27 mars. Le parquet de Nantes a ouvert une enquête pour meurtre et enlèvement. Plus de quatre mois plus tard, sa mère, Nathalie Rousseau, s'adresse directement à Emmanuel Macron et demande à l'État français d'employer ses canaux diplomatiques pour faire avancer le dossier auprès des autorités algériennes. Elle a lancé cet appel dans les colonnes du Figaro, repris ensuite par La Dépêche du Midi.
Son compagnon, Abdelkarim B., 41 ans, avait quitté la France pour l'Algérie avec leur fille de 15 mois avant d'y être arrêté le 27 avril. Il est depuis en détention provisoire. Il avait été condamné à Nantes en 2019 à une peine avec sursis pour des violences conjugales sur une précédente compagne. Il est présenté comme le principal suspect et garde le silence. Il n'a pas été jugé et bénéficie de la présomption d'innocence.
Ce que demande Nathalie Rousseau est plus étroit qu'il n'y paraît. Elle a dit ne plus espérer retrouver sa fille vivante. Ce qu'elle veut, ce sont des informations : savoir si le suspect est seulement interrogé, et ce que l'enquête algérienne a établi. Elle affirme que rien ne lui parvient et que cette ignorance est devenue une souffrance quotidienne. Elle redoute aussi qu'il soit remis en liberté et réclame la garde de leur fille, aujourd'hui confiée à ses grands-parents en Algérie.
L'obstacle est structurel plus qu'il ne relève d'une indifférence. La France n'extrade pas ses ressortissants et l'Algérie non plus, et lorsqu'un suspect est détenu de l'autre côté de cette ligne, un dossier français dépend de la coopération judiciaire et non des enquêteurs français. Cela signifie des commissions rogatoires internationales envoyées depuis Nantes et honorées quand l'autorité destinataire le décide, à un rythme fixé à l'étranger. Les familles ne sont pas parties à cet échange et n'apprennent en général ni qu'une demande a été transmise ni ce qu'elle est devenue, ce qui explique qu'un dossier puisse être travaillé et parfaitement silencieux en même temps.
La demande politique est donc réelle, mais bornée. Un président ne dirige pas une enquête algérienne. Ce que l'Élysée et le Quai d'Orsay peuvent faire, c'est porter un dossier précis à un niveau où il est vu, à un moment où la relation entre Paris et Alger est tendue depuis un certain temps et où les affaires consulaires et judiciaires s'y trouvent régulièrement prises. Savoir si cela débloque ou raidit la réponse relève d'une appréciation que les diplomates français font au cas par cas, et c'est la raison pour laquelle ces démarches se mènent souvent discrètement plutôt qu'en public.
En France, le dossier n'est pas resté sans mouvement. Plus de 300 personnes ont participé à une battue citoyenne dans le secteur, et des éléments relevés à cette occasion ont été envoyés en analyse. Voilà l'état des choses : une enquête ouverte pour meurtre et enlèvement à Nantes, un suspect détenu à environ 1 500 kilomètres, une enfant en bas âge chez ses grands-parents, et une famille qui attend depuis quatre mois qu'on lui dise quelque chose.

