La dernière salve douanière américaine applique des taux de 10 à 12,5 % à une soixantaine de partenaires commerciaux. Des partenaires comme la Chine, l'Australie et l'Égypte se situent au taux le plus élevé, tandis que l'Union européenne, le Mexique et l'Indonésie sont à 10 %. Ensemble, les pays concernés représentent la quasi-totalité des marchandises entrant aux États-Unis, à quoi s'ajoutent des mesures distinctes et bien plus lourdes visant le Canada et le Brésil.
Une couverture aussi large change la nature de l'instrument. Un droit de douane visant l'acier ou un seul pays est une opération sectorielle sur laquelle on peut se positionner : repérer les valeurs exposées, repérer les bénéficiaires domestiques, estimer la répercussion. Un droit qui touche presque toutes les importations se comporte comme une taxe à la consommation assortie d'une politique étrangère, et il pèse sur les marges de toute l'économie importatrice plutôt que sur une liste de titres.
Les effets de second tour concentrent l'incertitude réelle. Le Fonds monétaire international comme la Banque mondiale ont revu en baisse leurs attentes de croissance pour l'année, en désignant l'incertitude de la politique commerciale, et non le niveau des droits, comme la cause. Les entreprises repoussent leurs investissements quand le barème peut encore changer, et ce report fait plus de dégâts que le droit lui-même.
Pour les exportateurs européens, la ligne des 10 % est supportable isolément et inconfortable en combinaison. Elle comprime la marge sur les volumes transatlantiques au moment où la devise et le cycle des taux font leur propre travail, et elle remet à l'ordre du jour la question du marché pour lequel une usine est construite. L'administration a par ailleurs laissé entendre qu'elle pourrait relever bien plus haut les droits sur les médicaments, et c'est le risque extrême à valoriser.

