Les neuf organisations syndicales représentatives des sapeurs-pompiers professionnels se sont présentées d'une seule voix, ce qui de leur propre aveu est rare, à une réunion avec le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez le jeudi 13 août, et en sont ressorties insatisfaites. Elles appellent à plusieurs jours de mobilisation fin septembre.

Leur constat est que les quelque 44 000 sapeurs-pompiers professionnels des services d'incendie et de secours sont à bout. Ils pointent des effectifs jugés insuffisants, des équipements vieillissants et des moyens qui ne suivent plus l'évolution des risques, et décrivent une dégradation continue des conditions d'exercice des missions de sécurité civile. L'été l'a rendue plus aiguë : selon des estimations provisoires, environ 120 000 hectares ont brûlé en France depuis le début de la saison.

Les revendications dépassent l'urgence. Les syndicats demandent des recrutements, de meilleures carrières et une plus grande attractivité du métier, la création d'une véritable direction métier des sapeurs-pompiers au ministère de l'Intérieur, et un recentrage des interventions, afin que les pompiers consacrent leur temps aux urgences et à la protection des populations plutôt qu'à tout ce qui a glissé vers eux.

La revendication structurelle porte sur l'argent, et c'est celle qui rend le dossier difficile. Les services d'incendie et de secours sont financés principalement par les départements et les collectivités territoriales, et les syndicats estiment que ceux-ci ne peuvent plus supporter seuls l'effort et que l'État doit prendre toute sa place. Parmi les pistes avancées figure l'affectation d'une quote-part de la taxe de séjour, assortie d'un pacte capacitaire pluriannuel permettant de renouveler les matériels selon un calendrier plutôt qu'au moment d'une panne.

Cette proposition est plus incisive qu'il n'y paraît. Une part de taxe de séjour déplacerait une partie du coût vers les territoires qui attirent les visiteurs de l'été, c'est-à-dire précisément les départements boisés et littoraux où la saison des feux est la plus dure, ce qui fait correspondre assez justement qui crée l'exposition et qui la paie. Elle heurte aussi un équilibre en place depuis la décentralisation, et toute modification retire à quelqu'un des ressources et de la compétence. C'est pour cela qu'elle est portée devant le ministère de l'Intérieur et non réglée à l'échelle d'un département.

Derrière les questions de statut et de matériel se tient celle que les syndicats veulent réellement poser : quel niveau de sécurité civile le pays entend financer. Ce n'est pas une question à laquelle un ministre répond en réunion, et la réponse sera donnée dans un budget, à l'automne, par un gouvernement qui vise déjà un déficit proche de 5 %.