L'incendie parti de Gironde le 22 juillet pose à la réglementation industrielle française une question à laquelle les textes n'ont pas été écrits pour répondre. Le département compte une trentaine d'installations classées Seveso, le cadre européen qui encadre les sites détenant des substances dangereuses en quantité, et trois établissements de seuil haut se trouvent dans des zones évacuées.

Le dispositif Seveso est construit autour du risque qu'une usine fait courir à ce qui l'entoure. Les exploitants modélisent les scénarios d'accident que leur propre inventaire peut produire, et les distances de sécurité, le confinement et la planification des secours en découlent. Un feu de forêt inverse cette logique. Le danger arrive de l'extérieur du périmètre, à une vitesse et sur un front qu'aucun plan de site n'avait envisagés, et l'usine devient une cible au lieu d'être une source.

La réponse a été matérielle plutôt que procédurale. Des stocks dangereux et inflammables ont été retirés des sites exposés, et des terrassements ont été ouverts autour d'autres pour tenir le feu à distance. Les deux mesures fonctionnent, et les deux sont improvisées au sens où elles ont été décidées pendant la crise et non tenues en réserve pour elle.

Pour les entreprises concernées, le coût ne se limite pas au risque de perdre une usine. Les zones d'évacuation arrêtent la production et les camions, les renouvellements d'assurance vont valoriser un aléa que les modèles fondés sur la fréquence historique des feux ont sous-estimé, et le dossier de sécurité de toute nouvelle implantation dans un département boisé comporte désormais un chapitre que les autorités liront de près.

Le point plus large est que la Gironde n'est pas une localisation malchanceuse. Une bonne part de la France industrielle se trouve dans la forêt cultivée ou à ses abords, parce que c'est là que l'espace et l'eau étaient bon marché quand les usines ont été construites. Les règles qui encadrent ces sites supposent que le danger commence à l'intérieur.