Le projet de budget 2027 de Sébastien Lecornu est construit autour d'un objectif de déficit à 4,9 % de la production, selon Le Monde, qui décrit un plan fondé sur une réduction réaliste et dépourvu de réforme d'ampleur. Les deux moitiés de cette description comptent, et la seconde explique la première.

Un déficit proche de 5 % n'est pas en soi un chiffre de crise. C'est un chiffre qui décide de ce qu'il advient du stock de dette. La dette rapportée à la production continue de croître dès lors que le déficit dépasse la croissance nominale appliquée au stock existant, et au rythme actuel de la croissance française, 4,9 % en reste très loin. Un budget bâti sur cet objectif n'est donc pas un plan de stabilisation de la dette. C'est un plan pour continuer à l'alourdir, plus lentement.

L'engagement qu'il met à l'épreuve est le retour du déficit sous 3 % en 2029, seuil convenu avec Bruxelles et qui commande le maintien de la France dans la procédure pour déficit excessif. Passer de 4,9 en 2027 à moins de 3 en 2029 suppose environ deux points d'ajustement en deux budgets, à un rythme que la France n'a atteint aucune année récente, et ces deux budgets tombent après la présidentielle. C'est en ce sens que l'objectif s'éloigne sans que personne annonce qu'il est abandonné.

L'absence de réforme d'ampleur est la part honnête de l'exercice, et la plus coûteuse. Les mesures structurelles, sur les retraites, sur l'architecture des comptes sociaux, sur le nombre d'échelons de l'administration locale, sont ce qui modifie la trajectoire plutôt que le chiffre annuel. Ce sont aussi celles qui exigent une majorité parlementaire, et aucun gouvernement n'en dispose de façon fiable depuis 2024. Un budget assemblé à partir des économies qui peuvent passer est un budget façonné par l'arithmétique de l'Assemblée plutôt que par celle de la dette.

La conséquence de marché n'est pas spectaculaire et elle est réelle. La France emprunte en continu, son écart de taux avec l'Allemagne est plus large et plus tenace depuis la dissolution, et chaque année où la dette grossit, la charge d'intérêts prend une part croissante du budget avant qu'une seule politique publique ne soit financée. Ce coût n'apparaît pas dans un chiffre de déficit et il fait boule de neige.

Ce qu'un objectif réaliste permet d'acheter, c'est l'adoption. Un budget qui ne suppose aucune réforme et une amélioration modeste est un budget défendable dans une chambre sans majorité, et faire adopter un budget tout court est le problème le plus difficile depuis deux ans. Le prix à payer est que la date du redressement des comptes publics continue de reculer, et qu'elle est désormais passée au-delà du mandat du gouvernement qui la fixe.