Éric Ciotti est apparu au pupitre d'une grande messe en plein air pour l'Assomption à Nice, le samedi 15 août, le prêtre officiant à ses côtés sur scène. Il a décrit la journée, sur son propre compte, comme une fête religieuse portée par la procession mariale, la bénédiction des pointus et la messe sur le quai d'Entrecasteaux, et aussi comme une fête populaire qui rassemble les Niçois depuis des siècles, croyants ou non. Bernard Chaix, député UDR de la 3e circonscription des Alpes-Maritimes, était présent à ses côtés et a dit sa fierté d'avoir contribué à faire vivre les traditions locales.
ViVA! Nice, collectif de gauche qui avait recueilli un peu moins de 9 % au premier tour des dernières municipales, avait demandé trois jours plus tôt une clarification de la conception de la laïcité portée par la nouvelle municipalité. Son objection ne porte pas sur la tenue de la messe. Elle porte sur le carton d'invitation qui, selon sa lecture, présentait la célébration d'une fête religieuse comme organisée et promue par la collectivité, et le collectif demande à la Ville de rendre compte des moyens publics engagés.
La règle applicable est plus étroite que le débat qui l'entoure. La loi de 1905 séparant les Églises et l'État n'interdit pas à un élu d'assister à un office, et n'interdit pas à une ville de s'associer à un événement à la fois religieux et civique. Ce qu'elle proscrit, c'est qu'un élu use de sa fonction ou de la collectivité qu'il dirige pour promouvoir ou subventionner une pratique religieuse. La question n'est donc pas de savoir si Éric Ciotti s'y est rendu. Elle est de savoir si la municipalité recevait, et ce qu'elle a dépensé.
C'est pourquoi les détails discutés sont ceux-là. Des invitations officielles émises par la Ville, un maire au pupitre plutôt que dans l'assistance, une communication municipale construite autour de l'événement sont autant d'indices sur qui présentait l'occasion. Aucun ne tranche à lui seul. Une réponse d'élu sur la ligne budgétaire en trancherait une bonne partie, et c'est ce que ViVA! Nice a demandé sans l'obtenir à ce jour.
La difficulté propre à Nice est que l'Assomption y est réellement les deux choses. La bénédiction des pointus, les barques de pêche traditionnelles de la ville, relève d'une coutume maritime locale autant que d'une dévotion, et ce type d'événement se tient mal à l'aise sur une règle écrite pour une séparation plus nette. Le droit français a toujours toléré une part de cela, par l'entretien des églises classées et la survivance d'arrangements locaux. Cette tolérance suppose que le caractère civique soit réel et non une qualification appliquée après coup.
Ce n'est pas non plus nouveau. Le collectif avait formulé la même objection l'an dernier, quand le prédécesseur d'Éric Ciotti, Christian Estrosi, appelait à célébrer la Vierge Marie lors d'une messe en plein air en présence d'élus. Cette continuité mérite d'être relevée, car elle interdit de lire la polémique comme une simple réaction au changement de maire. Ce qui a changé, c'est le profil de celui qui se tient au pupitre, et l'attention que cela attire.

