Emmanuel Macron s'est rendu à Bordeaux alors que le feu à l'ouest de la ville brûlait encore, a suivi le point de situation au centre opérationnel départemental d'incendie et de secours avec le ministre de l'Intérieur, et a tenu deux propos. Le premier était l'appel attendu à l'unité, assorti d'un avertissement sur la dureté des semaines à venir. Le second était la promesse de reconstruire une forêt différente, et c'est la phrase qui engage.
L'incendie a parcouru des dizaines de milliers d'hectares de pins et détruit des centaines de maisons, dans l'un des plus grands feux qu'ait connus le pays depuis la Seconde Guerre mondiale. La forêt qui brûle n'est pas une forêt sauvage. Le massif landais est une plantation industrielle cultivée, dessinée au XIXe siècle pour assainir et fixer les sables d'une région littorale pauvre, planté très majoritairement en pin maritime et exploité depuis comme une culture de bois. C'est la plus grande forêt de ce type en Europe de l'Ouest et elle fait vivre scieries, papeterie, fabrication de panneaux et des milliers d'emplois.
C'est pour cela qu'une monoculture de résineux existe, et c'est aussi pour cela qu'elle brûle ainsi. Des peuplements d'un seul âge, d'une seule essence inflammable, plantés en blocs continus avec un réseau de desserte partagé, constituent un combustible presque idéal dès que le sol est assez sec. Chaque caractéristique qui rend la plantation efficace à récolter la rend efficace à brûler.
Reconstruire une forêt différente revient donc à contredire l'économie qui a bâti celle-ci. Un peuplement mélangé, d'âges variés, coupé de feuillus, résiste mieux au feu et s'exploite plus lentement et moins rentablement. Quelqu'un doit porter l'écart, et la forêt est très largement privée, détenue par un grand nombre de propriétaires aux surfaces modestes plutôt que par l'État. Une politique de reboisement qui ignore cette structure de propriété est une ligne de communication et non un plan.
Le calendrier ajoute une contrainte. Assureurs, scieries et propriétaires doivent tous décider en une saison ou deux, parce que le pin brûlé perd vite sa valeur et que l'exploitation de sauvetage est une course. La pression ira vers un replantage à l'identique, rapide, avec une essence connue, financée et déjà en pépinière. Faire autrement suppose que la subvention, l'approvisionnement en plants et le changement de règles soient prêts en même temps que les tronçonneuses.
L'engagement est donc vérifiable, ce que la plupart des promesses d'après-catastrophe ne sont pas. D'ici deux ans environ, on verra au sol quelle part de la surface brûlée est repartie en pin maritime. C'est ce chiffre, et non le discours de Bordeaux, qui dira si une forêt différente était réellement le projet.

