Gabriel Attal a exposé le volet institutionnel de son offre présidentielle dans un entretien au Journal du dimanche, et le cadrage est volontairement large. Il promet la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958, c'est-à-dire depuis l'écriture de la Ve République. L'ancien Premier ministre dispute à Édouard Philippe le même terrain politique, et une réforme de cette ampleur est une manière de le revendiquer en premier.

Les propositions se rangent en trois ensembles. Le premier est territorial. Il veut une nouvelle organisation de l'État qui retire du pouvoir à Paris et fasse du maire l'élu le plus puissant du pays, le détail étant annoncé pour l'automne. Le deuxième porte sur la vitesse administrative. Il inscrirait dans la Constitution un principe de rapidité, avec un délai maximal de deux mois pour que l'administration réponde à tout porteur de projet, le silence valant accord, et limiterait à dix-huit mois l'empilement des recours administratifs pour que les projets cessent de rester bloqués des années. Le troisième concerne la taille et l'encadrement de l'État : passer de 577 députés à 350 et de 348 sénateurs à 200, et permettre au président élu de nommer aux postes stratégiques de l'administration des responsables ayant mandat d'appliquer le projet sur lequel il a été élu.

Pris ensemble, ces éléments sont cohérents et répondent à une plainte que la plupart des électeurs français reconnaissent. Les projets prennent trop de temps, personne n'est comptable du retard, et la machine survit à chaque gouvernement qui prétend la diriger. L'argument d'économies attaché à un Parlement réduit, plusieurs centaines de millions d'euros par an, est la partie la moins intéressante et la plus facile à contester.

La difficulté est procédurale et elle est sérieuse. Réduire le nombre de députés et de sénateurs, inscrire un délai de réponse dans la Constitution et modifier le pouvoir de nomination supposent tous une révision constitutionnelle, donc soit un Congrès des deux chambres réuni à la majorité des trois cinquièmes, soit un référendum. Un Sénat invité à passer de 348 à 200 sièges a une raison évidente de refuser, et aucun président récent n'a réuni trois cinquièmes de quoi que ce soit. Reste la voie référendaire, qui en France porte son propre passé de scrutin sur le président plutôt que sur la question.

Le silence valant accord mérite une attention distincte, car c'est la proposition dont les effets sortent le plus du champ politique. Elle transfère le coût du retard administratif du demandeur vers l'État, ce qui est le but, et elle signifie aussi qu'une autorisation peut être délivrée par un service débordé qui n'a simplement pas répondu. Que ce soit une libération ou un danger dépend entièrement des autorisations concernées, et c'est le détail qu'aucun entretien n'a encore fourni.

Ce que l'annonce obtient immédiatement, c'est un positionnement. Attal revendique tôt, en août, le terrain de la réforme, face à un rival au public et au discours proches, avec un ensemble assez précis pour être discuté et assez ample pour rester en mémoire.