Javier Milei s'est réannoncé. Après des semaines de présence publique réduite, le président argentin a pris un décret visant les étrangers ayant diffusé des messages de haine contre le peuple argentin, une catégorie qu'il rattache en particulier à ce qui s'est dit pendant la Coupe du monde. La mesure tombe dans un moment de sentiment national exacerbé, ce qui n'est pas étranger à son calendrier.
Un décret est un instrument d'attention autant que de droit, et celui-ci est taillé pour le premier usage. Il nomme une offense que la plupart des Argentins ont vue de leurs propres yeux sur leurs propres fils, il désigne une cible qui n'est par définition pas un électorat intérieur, et il ne coûte rien au gouvernement dans la monnaie qui le contraint d'ordinaire. Il n'y a ni ligne budgétaire ni coalition à réunir.
La substance juridique est plus mince que l'annonce. La haine visant une nationalité n'est pas une catégorie aux contours fixés, et le pouvoir d'un État sur des étrangers qui ne sont pas sur son territoire se réduit en pratique à des décisions d'entrée et de séjour. Il reste donc un instrument dont le cœur applicable est une compétence que l'exécutif détenait déjà, exercée par l'administration migratoire de façon discrétionnaire, ce qui est exactement la forme de mesure qui finit devant les tribunaux.

